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Pascal Maria
  • Considéré comme l'un des meilleurs arbitres du monde, Pascal Maria est depuis 2008, le juge-arbitre officiel du Master'U BNP Paribas.
  • Il fait profiter aux étudiants en compétition de sa grande expérience.
  • Il a arbitré sa première finale à Roland-Garros en 2002, et a depuis arbitré neuf finales du Grand Chelem, dont quatre à Roland-Garros et aussi celle qui a duré le plus longtemps, la finale entre Rafael Nadal et Novak Djokovic à l'Open d'Australie 2012.
  • Pascal Maria est considéré comme le plus connu des arbitres français.
  • Il est répertorié badge d'or, le plus haut niveau d'arbitrage en tennis.


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INTERVIEW réalisée le 07 décembre 2014, jour de finale

Comment se passe ce master universitaire pour vous ?

Ça se passe très bien ! Je suis heureux de voir que ce projet a été monté de main de maître par les organisateurs et surtout tous les étudiants. J’ai l’impression que beaucoup de corps de métier étudiants se sont impliqués dans ce Master U et force est de constater que le résultat est super et s’approche de plus en plus du niveau professionnel.

Depuis combien de temps êtes-vous arbitre professionnel ?
J’ai rejoint la Fédération Internationale de Tennis et les Grands Chelems, c’est-à-dire passer professionnel, en 2002.

Quel joueur de tennis étiez-vous à 20 ans, l’âge moyen des participants au Master U ?
Très mauvais ! C’est pour ça que je suis devenu arbitre ! La plupart des arbitres, qu’ils soient juges de ligne, arbitres de chaise, ou autre, sont des « joueurs refoulés », c’est-à-dire qu’ils n’avaient pas le niveau pour devenir professionnel en tant que joueur.

Lors de ce Master U vous êtes juge-arbitre : quelle est la différence entre l’arbitre qui officie sur le court et le juge arbitre ?
Le juge arbitre est le responsable de la partie sportive de l’événement : de l’élaboration des tableaux, de la programmation journalière, de tout ce qui est en lien entre le sportif et la direction du tournoi, de ce que les joueurs demandent, de ce que le cahier des charges requière. Il veille donc à ce que le tournoi se déroule au mieux et que le règlement soit appliqué à la lettre.
L’arbitre est présent sur la chaise et est chargé de l’application instantanée des règlements.

Quelles sont les formations qui mènent à la profession d’arbitre international ?
Nous avons une chance incroyable en France, c’est d’avoir une Fédération qui s’occupe énormément de ses arbitres et de la formation de ses arbitres. Cela se traduit au niveau international par un pays qui est le plus gradé au niveau des arbitres internationaux.
Des examens (A1, A2, A3) sont mis en place par les régions ou les départements. C’est un travail de détection des jeunes arbitres, qui sont ensuite formés et peuvent passer les examens nationaux.
Quand ces examens sont validés et que les jeunes arbitres sont identifiés, ils sont proposés pour passer des diplômes internationaux : les badges vert, blanc, bronze, argent et or. En sachant que les badges argent et or sont des promotions.

Quels sont les employeurs d’un arbitre international ?
Personnellement je suis salarié de la Fédération Internationale de Tennis et des Grands Chelems. Certains arbitres sont au niveau de l’ATP, de la WTA, et d’autres en « freelance » c’est-à-dire qu’ils travaillent un peu pour tout le monde.

Quels sont les matchs qui ont marqué votre carrière ?
Je peux citer la finale de Wimbledon 2008, entre Federer et Nadal, qui en plus d’être un match excitant, exaltant, et dans un lieu mythique, avec un tennis remarquable, s’est très bien déroulé au niveau de l’arbitrage parce qu’à la fin du match qui a duré 6h, on ne parlait que de la beauté de la rencontre et de ses rebondissements, pas du tout des décisions de l’arbitre.
Je pense que si on ne se rappelle pas de l’arbitre à la fin d’un match c’est qu’il a bien arbitré.
Les finales de Coupe Davis ont toujours été spéciales, par exemple Argentine-Espagne qui était une vraie corrida.

Les matchs à enjeu comme les finales de Grands Chelems ou de Coupe Davis sont-ils les plus difficiles à arbitrer ?
Ce sont les matchs les plus difficiles dans la mesure où ce sont ceux qui amènent le plus de pression médiatique et où l’erreur n’a pas sa place. Chaque mauvaise décision y prend des proportions énormes. Mais lors de ces matchs-là, on a aussi les meilleurs ramasseurs de balles, les meilleurs juges de ligne, on sait que les joueurs vont bien se tenir car ils savent qu’ils sont décortiqués par des milliers de gens. C’est donc un mélange de facilité et de difficulté.
Il faut avoir la pression mais la transformer en choses positives. Avant un match je ressens la pression aussi, je vais 1000 fois au toilettes, je dois m’isoler dans un bureau sans bruit, j’ai les mains moites, j’ai le cœur qui bat fort, mais une fois que je rentre sur le terrain j’arrive à transformer cette pression en force, en concentration et en lucidité.

Comment voyez-vous les nouveaux outils d’arbitrage comme le hawk-eye : nouvelle pression ou aide à la vérification ?
Le hawk-eye est une bonne chose. Cependant, je n’aime pas trop cela car il dénature l’arbitrage, la relation tendue entre le joueur et l’arbitre. Mais c’est un bon outil de correction des erreurs.

Vous avez dit que vous considériez la chaise d’arbitre comme le meilleur siège du court : pouvez-vous réellement profiter du match pendant que vous arbitrez ?
Oui, si tu ne profites pas tu fais de mauvaises annonces, tu prends de mauvaises décisions, tu demandes au public de se taire alors que ce n’est pas le bon moment.
Je pense que si tu n’apprécies pas les moments passés à arbitrer, tu n’as rien à faire là...


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